Une cartographie cérébrale par IRM
Amincissement de la substance grise dans le sida
Les sujets atteints de sida présentent, en
l'absence de toute infection opportuniste cérébrale, un amincissement
de la substance grise dans les régions sensorielles, motrices,
prémotrices et visuelles. Ces lésions sont corrélées à la fois à l'état
immunitaire et aux capacités psychomotrices.
Plus de 40 % des personnes atteintes
de sida à un stade déclaré de la maladie, présentent des troubles des
fonctions cognitives allant d'un déficit mineur jusqu'à, dans les cas
les plus graves, une démence qui précède généralement l'issue fatale.
Ces déficits peuvent exister en l'absence d'infections opportunistes,
ce qui suggère l'implication de mécanismes immunitaires dans
l'apparition des troubles. Dans les jours et les semaines qui suivent
la primo-infection par le VIH, le virus est présent au niveau du
système nerveux central, mais il ne se réplique ni dans les neurones ni
dans les cellules gliales. Les protéines du virus encodé sont
directement toxiques pour les neurones glutaminergiques ;
pourtant, chez des patients autopsiés, la plus grande partie du
matériel viral se situe dans des monocytes infectés. Ces cellules
traversent la barrière hématoencéphalique et peuvent, dans un second
temps, libérer du virus au sein du système nerveux central. Les
neurones sont d'abord lésés indirectement lorsque les macrophages, les
lymphocytes et les cellules de la microglie infectés libèrent des
lymphokines et d'autres substances neurotoxiques (TNF-)alpha, radicaux
oxydatifs, protéase, acide quinolinique).
Afin de mieux connaître les différents types de lésions cérébrales
liées au VIH, des neurologues américains, l'équipe du Dr Paul
Thompson (Los Angeles) a procédé à une cartographie en trois dimensions
du cerveau de 26 personnes atteintes de sida (25 hommes et
une femme d'âge moyen 47,2 ans et ne présentant pas de démence
liée au VIH) et de 14 témoins appariés pour l'âge.
Chaque sujet a bénéficié d'un examen neurologique et d'une évaluation
des fonctions cognitives dans les quatre semaines précédant la
réalisation de l'examen IRM.
Comparés avec les images des sujets contrôles, celles des malades
montraient un amincissement prononcé et sélectif de la substance grise
dans de nombreuses régions anatomiques incluant le cortex sensoriel
primaire et le cortex moteur dans les deux hémisphères. Ces lésions
pouvaient s'étendre antérieurement jusqu'au cortex frontal et au cortex
prémoteur. D'autres anomalies ont été détectées dans les zones
pariétales du cortex d'association mais aucun atteinte des aires
périsylviennes n'a été détectée. Enfin, un amincissement de 15 %
environ de la substance grise a été noté au niveau du cortex primaire
visuel. En revanche, les régions temporales et préfrontales n'étaient
pas atteintes chez ces malades.
Un parallélisme avec l'immunité.
L'analyse des lésions à l'IRM montre un parallélisme à la fois
avec le degré d'immunité (compte de CD4) et avec l'intensité des
déficits neuropsychologiques.
Quinze des 26 personnes atteintes de sida recevaient un traitement par
inhibiteurs de protéase associé avec des inhibiteurs de la
transcriptase reverse. Parce que l'utilisation à long terme de ce type
de médicaments peut induire des effets positifs (baisse de la charge
virale, augmentation du compte de CD4) et négatifs (lipodystrophie),
les auteurs ont choisi de comparer deux groupes de patients, ceux
traités et non traités. Aucune différence d'épaisseur de la substance
grise n'a été notée entre les deux groupes.
La sensibilité du cerveau au virus.
Pour les auteurs, « cette cartographie permet de juger
de l'impact du sida sur le système nerveux central et confirme la
sensibilité du cerveau au virus même lorsqu'un traitement
antirétroviral est suivi ». Les lésions corticales des aires
sensorielles primaires, prémotrices et visuelles s'opposent à celles
retrouvées dans des pathologies neurodégénératives telles que la
maladie d'Alzheimer (atteinte temporale, limbique et aires
associatives). Par ailleurs, les lésions cérébrales préfrontales et
pariétales se sont révélées prédictives de l'état immunitaire des
patients. Enfin, l'amincissement des régions du langage et de la zone
frontale des deux hémisphères pourrait apparaître comme un facteur
prédictif du nombre des cellules T qui, lui-même, est indicatif de
l'état immunitaire.
> Dr ISABELLE CATALA
«Proc Natl Acad Sci USA », édition avancée en ligne.